bleu

29/10/2020 - 07/10/2020

bleu
Elissa MARCHAL
Vicky COLOMBET
Karen FARKAS

"Le bleu n'a pas de dimension, il est hors dimension, tandis que les autres couleurs, elles, en ont. Toutes les couleurs amènent des associations d'idées concrètes (...) tandis que le bleu rappelle tout au plus la mer et le ciel, ce qu'il y a après de plus abstrait dans la nature tangible et visible."


Yves Klein

Aujourd’hui le bleu est la couleur préférée de la majorité des pays d'occident;                                   
cependant il n’en a pas toujours été ainsi.

Elle a tout d’abord été mal aimée chez les Grecs et les Romains.
Puis elle a été symbole de pureté et de royauté.
Dans la peinture, elle fut d’abord utilisée pour représenter l'eau et l'air.
Puis elle devint une couleur propice à l’exploration de l’âme chez les Romantiques.
Picasso lui confère une dimension mélancolique dans sa période bleue,
débutée après le suicide d’un ami.
Le bleu devient alors la couleur de l’introspection.
On pense aux Nus bleus de Matisse, et bien évidemment à Yves Klein et son bleu outremer IKB,
aujourd'hui appelé bleu Klein.

Le bleu est aussi un symbole de vérité,
c’est peut-être la raison pour laquelle il inspire les artistes dans leur quête de vérité.


Cette exposition collective présente trois artistes qui lui confèrent un dessein différent :


Bleu sensible et méditatif chez Vicky Colombet
Bleu sculpté comme le serait un matériau brut par Elissa Marchal
Bleu tout en gestuelle chez Karen Farkas.


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Née en 1973, Elissa Marchal vit et travaille à Paris.
Elle développe un travail abstrait à partir de la couleur comme objet et sujet de la peinture.


L’attention portée aux principaux composants matériels de la peinture a amené l’artiste à une relation très particulière avec la matière. La couleur, déployée sur des supports préparés, est sculptée comme le serait un matériau brut : elle est coulée puis poncée à de multiples reprises.


A travers des jeux dégradés de lumière, les surfaces ainsi obtenues donnent de la profondeur, du mouve- ment ou de la légèreté selon les propositions.


Que ce soit en deux ou trois dimensions, ses travaux révèlent des complémentarités : vide/plein, matériel/ immatériel, surface/profondeur, liquide/solide, fragment/unité.


Dans une veine minimaliste, Elissa Marchal s’attache aux fondamentaux de la peinture que sont la percep- tion, l’espace et la lumière.


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Avec une carrière de plus de trois décennies, les peintures abstraites de Vicky Colombet, ses travaux sur papier, ses estampes, ses photographies et ses oeuvres sur verre sont en conversation avec divers mouve- ments historiques de l'art, de la peinture chinoise traditionnelle à l'expressionisme abstrait.


Vicky Colombet, née à Paris, dont la mère était d'origine philippine, a passé son enfance à voyager avec ses parents en Asie du Sud-Est et en Inde. La pensée orientale est devenue une partie importante de la perception du monde de Colombet. Elle étudie le droit à la Sorbonne et commence sa carrière en tant que graphiste et écrivain avant d'être invitée à étudier dans l'atelier parisien d'Henri Dimier (1899-1986). Ils par- tageaient un intérêt pour la métaphysique et ce qui sous-tend ou transcende la nature physique du monde et de la réalité.


Les peintures méditatives de Vicky Colombet font référence au monde naturel à travers l'abstraction, avec la topographie et la sensibilité des paysages comme source d'inspiration.


Il existe une ambiguïté sur ce que nous voyons et une échelle incertaine, une particule magnifiée, un pay- sage planétaire ou interstellaire. "Dans mon travail, je ne fais pas souvent référence à un paysage particulier, mais plutôt à la création d'un catalyseur visuel qui incite à penser les lieux et à les imaginer. Je suis beau- coup plus intéressée par la construction d’idées sur le paysage. C'est un exercice intériorisé, subjectif et riche, qui peut fonctionner presque comme de la poésie".


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Karen Farkas est née à Paris en 1972.



"Une visite à l'atelier de Karen Farkas est un périple inattendu: une rue qui ne mène nulle part, une entrée sous le porche et une cour remplies de plantes di- verses, la traversée d'un atelier d'architecture (tiens! son ancien métier: joli clin d’œil), un escalier, une porte, un couloir, une autre porte et enfin l'atelier où se mêlent matériel de peinture, chaises, table, ta- bleaux terminés et en cours de réalisation, et surtout des murs couverts non pas de graffiti mais de taches de peinture, de poèmes et de citations littéraires qui illustrent parfaitement les intentions picturales de l'artiste. Tout un univers comme celui d'une boite à joujoux.


Un geste, Un dessin! Un faux geste! repris, travaillé, retravaillé, poncé, effacé, repeint. Résultat: un ta- bleau!
Le travail de Karen Farkas a deux facettes qui semblent n'en faire qu'une. Ses encres et fusains sur papier sont à rapprocher des œuvres de Patti Smith ou d'Artaud avec leur spontanéité et leur apparence d'aspect brut et abstrait.
Au contraire, la figuration se dévoile derrière le trait et fait découvrir avec de la patience figures humaines ou paysages de la campagne.


Derrière le geste de la peinture, apparaît un glacis très sophistiqué et sensible sur le fond presque d'un blanc faussement neigeux. Les couleurs des formes sont d'une précision quasi horlogère!


Sans oublier une originalité plastique du travail de Karen Farkas: transformer des erreurs, ou des œuvres sur papier que l'artiste considère comme non abouties, en des sculptures peintes sous forme de boules en papier. Les deux dimensions du des- sin deviennent trois dimensions de l'univers des sculptures en trouvant une nouvelle énergie. Ces observations montrent la diversité poétique de Karen Farkas et une évidence d'inviter le spectateur à plon- ger dans son œuvre."


Baudoin Lebon, Mars 2020